Infirmières et infirmiers: vers une culture de développement professionnel continu

jerome-ouellet-infirmierEntretien avec M. Jérôme Ouellet, infirmier-conseil à l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

 

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) est le plus grand des 45 ordres professionnels. Au 31 mars 2014, il regroupait 73 145 membres et 15 000 étudiants immatriculés. Les infirmières et infirmiers[1] constituent une profession de la santé à titre réservé et d’exercice exclusif.

On comprend aisément que la formation continue occupe une place importante dans le parcours professionnel. M. Jérôme Ouellet, membre de l’Ordre depuis dix ans, infirmier-conseil à la Direction, développement et soutien professionnel depuis 2009, nous en parle.

Dans le système professionnel, certains ordres se sont dotés d’un règlement rendant obligatoire la formation continue. « Pour sa part, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec a préféré instituer une Norme de formation continue plutôt qu’un règlement, en raison de la souplesse qu’elle confère dans son application ainsi que pour sa capacité évolutive afin de répondre rapidement aux besoins actuels en matière de protection du public. À l’époque où l’OIIQ a mené sa réflexion, il nous a semblé qu’un règlement serait trop contraignant, alors que le but principal de l’Ordre était (et est) de développer une culture de formation continue chez les infirmières. En effet, selon son Code de déontologie, l’infirmière doit maintenir ses connaissances à jour et la Norme constitue un levier qui nous permet de la soutenir dans ses obligations.  Si plus de coercition devenait nécessaire pour une infirmière en particulier, nous avons d’autres mécanismes, plus prescriptifs, comme une enquête particulière réalisée par le Bureau de surveillance de l’exercice infirmier ou encore le Bureau du syndic selon qu’il s’agisse par exemple, d’un manque de compétence ou d’un cas de négligence dans les soins. À la différence d’un Règlement, notre Norme ne vise pas ultimement la radiation de l’Ordre si un membre ne remplissait pas les conditions, mais bien à favoriser la qualité des soins et à envoyer un message clair aux 6,3% d’infirmières qui jusqu’alors déclaraient ne pas faire de formation continue à l’effet que cette dernière est essentielle pour prodiguer des soins de qualité. »

En 2012, ce sont 83,2% des membres de l’OIIQ qui ont répondu aux exigences du nombre d’heures de formation continue visé par la Norme. Ce pourcentage de conformité augmentera probablement avec le temps, compte tenu qu’il s’agissait d’une première période d’application de la Norme.

La Norme et la protection du public

  • L’infirmière doit effectuer un minimum de 20 heures de formation par an, dont au moins 7 heures accréditées, que ce soit par l’OIIQ, par une université, un autre ordre, un organisme privé de formation ou l’Association des infirmières et infirmiers du Canada, par exemple.
  • Lors de l’inscription annuelle, l’infirmière doit déclarer le nombre total d’heures de formation continue qu’elle a suivie, en précisant le nombre d’heures accréditées.
  • L’infirmière doit tenir un registre annuel des activités de formation suivies et le conserver pendant 5 ans au moins.

Selon M. Ouellet, « dans la mesure où la formation continue que suit l’infirmière est pertinente à sa pratique clinique, le lien avec la protection du public est plus facile à faire, car les connaissances ainsi acquises peuvent permettre à l’infirmière de développer ses compétences. On estime qu’elle peut prodiguer de meilleurs soins grâce aux connaissances scientifiques les plus récentes. Les critères de qualité et l’amélioration de la pratique, en continuité avec la formation initiale, sont des aspects importants que nous valorisons pour la sécurité des soins. »

Le Programme annuel de formation de l’Ordre comporte des activités directement en lien avec les activités professionnelles réservées aux infirmières. « Par exemple, les soins de plaies sont au coeur de la pratique. L’une des activités consiste à les évaluer et à déterminer le plan de soins et de traitement. À partir des données scientifiques les plus avancées, elles peuvent discuter des cas pratiques avec le formateur-expert et utiliser ces nouvelles connaissances avec leurs patients. »

L’Ordre mène actuellement une réflexion sur la notion de développement professionnel continu, qui couvre une perspective plus large que la formation continue. De nouvelles stratégies valorisant le développement des compétences pourraient éventuellement s’ajouter à la formation continue plus traditionnelle, telle qu’on la connaît actuellement. L’OIIQ s’est aussi doté d’une plateforme de téléaprentissage qui sert aussi de répertoire d’activités de formation continue que peuvent consulter les membres.

La pratique clinique et l’utilité du dossier de formation continue

Il arrive qu’un établissement de santé signale un cas à l’Ordre, à l’effet par exemple qu’un patient n’a pas été soigné par l’infirmière selon les standards reconnus. « Lors d’une enquête, le dossier de formation continue peut être utile. On peut demander à l’infirmière les formations qu’elle a suivies au cours des dernières années et comment elle les a utilisées dans sa pratique. De là, on va évaluer le lien entre la plainte, la pratique clinique et la formation continue de l’infirmière. Selon le cas, il pourrait arriver qu’on impose à l’infirmière de suivre une formation en lien avec l’objet de la plainte.

« Autre exemple, si une infirmière administre un médicament, elle doit assurer la surveillance clinique requise selon les normes pour assurer la sécurité du patient. À défaut, des conséquences peuvent apparaître, comme une chute de pression artérielle, une difficulté respiratoire ou même la mort. Si on constate un manquement, il  pourrait arriver qu’une infirmière se voit imposer une formation spécifique afin qu’elle assure une meilleure surveillance des patients. »

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

  • Créé en 1920
  • Profession à exercice exclusif et titre réservé (inf.)
  • 73 145 membres au 31 mars 2014 (Rapport annuel)
  •  4200, rue Molson, Montréal, QC H1Y 4V4
  • Tél. 514 935-2501   1 800 363-6048 (au Québec)
  •  www.oiiq.org
  • inf@oiiq.org

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[1] Pour faciliter la lisibilité de cet article, nous utilisons le générique infirmière, incluant ainsi les infirmiers.

 

 

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