Ordres professionnels et confiance du public : une crise montée en épingle?

Lors de son passage en commission parlementaire sur le projet de loi 98 (Loi modifiant diverses lois concernant principalement l’admission aux professions et la gouvernance du système professionnel), l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) insistait sur le manque de confiance de la population du Québec à l’égard des ordres professionnels.

Pour soutenir son argument, une seule donnée : 12 % de la population affirme que la mission première des ordres est d’assurer la protection du public. Ce qui, selon l’IRIS, s’apparente à un manque de confiance. Conclusion un peu boiteuse pour un « institut de recherche » et les deux « chercheurs » qui agissaient comme leurs porte-parole.

Des données probantes

Contrairement à l’IRIS, le Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ) se base sur des données probantes pour affirmer que la population du Québec fait confiance à la fois aux ordres professionnels et aux professionnels qui en sont membres.

Depuis 2012, le CIQ confie à une firme externe, CROP pour ne pas la nommer, le mandat de réaliser un sondage annuel mesurant le degré de confiance de la population à l’égard des ordres et de leurs membres.

La plus récente édition du sondage, réalisé en septembre 2015, démontre que 74 % des répondants affichaient un taux de confiance élevé envers les ordres professionnels. Quant au taux de confiance à l’égard des professionnels, il était de 78 %, ce qui représente une augmentation de 4 % comparativement à 2014.

Connaissance de la mission

L’IRIS confond le degré de connaissance de la mission des ordres professionnels avec le taux de confiance que leur accorde la population du Québec.

L’IRIS mentionne que seulement 12 % de la population affirme que la mission première des ordres est d’assurer la protection du public. Une donnée, nous tenons à le préciser, tirée du sondage réalisé pour le compte du CIQ, édition 2013, et dont l’IRIS se garde bien de mentionner la source.

Une analyse plus approfondie des résultats dudit sondage, une rigueur à laquelle nous serions en droit de nous attendre de la part d’un « institut de recherche », démontre que 45 % de la population du Québec croit également que les ordres professionnels protègent à la fois le public et leurs membres. Donc, plus de 50 % des répondants associent les ordres professionnels à la protection du public.

Soucieux de comprendre pourquoi 45 % de la population croit que la mission des ordres est de protéger à la fois le public et leurs membres, le CIQ a poussé plus loin sa recherche. Plusieurs raisons ont été évoquées lors de groupes de discussion tenus par une firme indépendante. Parmi ces raisons figure notamment le fait que les ordres existent pour offrir divers services à leurs membres.

Parmi ces services, mentionnons entre autres différentes formations destinées, faut-il le souligner, à maintenir les compétences des membres à jour afin, justement, d’assurer la protection du public.

Nous nous permettons donc de poser ici la question : les propos tenus par l’IRIS à l’égard des ordres professionnels reposent sur quels travaux de recherche?

Pourquoi parle-t-on de crise de confiance?

Le sondage annuel, réalisé par une firme indépendante à la demande du CIQ, démontre que les ordres professionnels obtiennent, de la population du Québec, un taux de confiance que plusieurs pourraient leur envier. Il faut donc nuancer lorsque les médias ou d’autres intervenants parlent de crise de confiance.

En effet, il y a fort à parier qu’un gouvernement qui, année après année, recueillerait un taux de confiance de plus de 70 % de la part de la population ne parlerait certes pas de « crise de confiance ».

Sur les centaines de milliers d’actes posés annuellement par les membres des ordres professionnels, un très faible pourcentage se révèlent être des cas de fraudes, de comportements abusifs ou de fautes professionnelles. La Commission Charbonneau a mis en lumière des cas marquants. Les médias ont également dénoncé haut et fort des cas alarmants.

Du coup, certains ont tiré la conclusion que les 46 ordres professionnels du Québec ont failli à leur rôle d’encadrement de leurs membres. La question qu’il faut se poser est la suivante : le nombre de professionnels fautifs justifie-t-il de mettre les 385 000 membres des ordres professionnels dans le même panier et de parler de « crise de confiance »?

Et le projet de loi 98?

Malgré un taux de confiance élevé de la part de la population, les ordres professionnels reconnaissent qu’ils sont appelés à relever des défis importants en matière d’amélioration de leur gouvernance, et ce, afin de toujours mieux répondre aux exigences de leur mission première d’assurer la protection du public. Le Conseil interprofessionnel du Québec et l’Office des professions, à titre d’acteurs importants du système professionnel, sont également invités à moderniser leurs façons de faire afin de respecter ce qu’il convient d’appeler les saines pratiques de gouvernance.

C’est pourquoi, lors de son audition en commission parlementaire, le CIQ s’est prononcé en faveur des objectifs poursuivis par le projet de loi 98. Cependant, le CIQ croit que certaines mesures annoncées par le gouvernement manquent la cible. Cela ne signifie aucunement, messieurs et mesdames les « chercheurs » de l’IRIS, que le système professionnel est dans une position de déni[1].

[1] En référence à un billet publié sur le blogue de l’IRIS dans le Journal de Montréal le 25 août 2016.

2 commentaires

  1. Pierre Piard
    Posté le 30 octobre 2016 | Lien

    La Fédérations des infirmiers et le Collège des médecins devraient faire place aux Supères infirmières afin de réduire les coûts de soins de santé: déléguer plus d’actes réservés aux médecins, avec la formation universitaire spécialisée ces infirmières peuvent alléger l’attente dans les urgences et cliniques. L’Ontario le fait, pourquoi pas le Québec?

    • CIQ CIQ
      Posté le 7 novembre 2016 | Lien

      Bonjour,

      merci de votre intérêt et pour votre commentaire ! Or, le mandat Conseil consiste à regrouper les ordres professionnels et à conseiller les autorités gouvernementales en matière de législation et de réglementation professionnelle. En ce sens, nous ne pouvons répondre à votre question précisément. Nous vous suggérons de l’adresser aux parties concernées, ou encore, au Ministère de la Santé et des Services sociaux (http://www.msss.gouv.qc.ca/) pour plus d’information à ce sujet.

      Cordialement.

Laissez un commentaire

Votre courriel ne sera jamais publié ou partagé. Les champs obligatoires sont identifiés par une *